mercredi 8 janvier 2014

LANGUES NATIONALES ET L'INTELLECTUEL KINOIS


Cet article est le resultat de mes rechereches efféctuées dans le cadre de mon travail de fin de cycle sur les langues congolaises, en particulier, le lingala .
0.    INTRODUCTION

0.1.    PROBLEMATIQUE

Notre étude porte sur le comportement de l’intellectuel Kinois face aux langues nationales, cas du Lingala.

Depuis l'époque coloniale où le pays était sous le régime belge, le français  est la langue officielle, langue d’administration et du travail en République Démocratique du Congo. Il a également été maintenu comme langue officielle lors de l’accession du pays à l'indépendance. Le français facilite la communication entre les différents groupes ethniques et tribaux de la RD.Congo ainsi que le reste des pays membres de la francophonie. Pendant cette période coloniale, le français est resté pour « l'évolué congolais » un symbole de prestige. Il a été considéré comme la condition nécessaire et essentielle à toute promotion sociale : un travail rémunérateur, un changement de grade ou de statut, la considération. C'est aussi le français qui servait de référence pour définir le niveau d'intégration ou d'assimilation.

La République démocratique du Congo est le premier pays francophone au monde. C’est dans ce cadre qu’elle a organisé le quatorzième sommet en Octobre 2012. Le pays fait aussi partie de l'Assemblée parlementaire de la francophonie. Une minorité grandissante parle couramment le français (environ 15 millions de personnes dont 3 millions parfaitement selon une estimation de l'ambassade de France et 31 millions selon l'estimation de l'Organisation Internationale de la Francophonie en 2010). En effet, langue officielle, le français est la langue principale de l'éducation, et la langue de l'administration, des médias et des affaires. Le français de la république démocratique du Congo, ancienne colonie belge, a beaucoup emprunté au français de Belgique et au wallon.  Ce qui veut simplement dire que le français demeure le principal vecteur de communication officielle; mais cette situation n'est pas particulière au Congo-Kinshasa. En effet, « en Afrique noire francophone, le français est la langue officielle ou une des langues officielles dans la plupart des pays, et reste la principale langue véhiculaire à l'échelle continentale, mais dans la réalité concrète des Etats il partage ce  rôle avec beaucoup d'autres langues africaines qui remplissent de plus en plus les fonctions de langues d'échanges (véhiculaires) dans la vie pratique ».

C’est dans le cadre de cette complémentarité qu’en plus du français, langue officielle, la loi congolaise reconnaît quatre langues nationales : lingala, swahili, kikongo et tshiluba. La plupart des Congolais parlent plusieurs langues.

L’expérience nous montre que les locuteurs des quatre langues nationales se repartissent de la manière suivante sur l’étendue du pays : Lingala (Kinshasa et Equateur), Tshiluba (Kasaï Oriental et Kasaï Occidental), Kikongo (Bandundu et Bas-Congo), Swahili (Katanga, Province Orientale, Nord-Kivu, Sud-Kivu et Maniema). Sous le règne du feu maréchal Mobutu, le lingala était devenu presque la langue de l’armée et de l’administration. Aujourd’hui, tout le monde veut s’exprimer en Swahili pour l’une ou l’autre raison.
Au lendemain de l’indépendance, l’on s’attendait à ce que les nouvelles autorités du pays adoptent de nouvelles politiques afin d’affirmer leur indépendance politique, économique et linguistique car on ne peut se dire indépendant si on continue à réfléchir et à s’exprimer à travers une langue qui est étrangère à son milieu et à sa culture. Malheureusement, c’est le contraire qui a été fait.  Cette attitude se remarque encore aujourd’hui chez l’intellectuel congolais en général et kinois en particulier qui préfère que son enfant s’exprime en français non seulement à l’école mais aussi et surtout en famille, jetant ainsi aux oubliettes le lingala comme langue nationale parlée à Kinshasa.

Face à cette situation, nous nous posons les questions suivantes : pourquoi l’intellectuel kinois privilégie-t-il le français (langue étrangère) et parfois l’anglais au détriment du Lingala qui est sa langue nationale ? Qu’est-ce qui explique ce comportement  de rejet de la langue nationale et n’y recourir qu’en cas de besoin? Quelle est l’importance de la langue nationale ? Telles sont les questions auxquelles nous tentons de répondre dans cette étude
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0.2.    HYPOTHESES

Notre étude repose sur les hypothèses suivantes :
-    L’intellectuel kinois se comporte à l’image de l’« évolué » d’avant  l’indépendance et tend à abandonner sa culture au profit de la culture étrangère qu’il ne maitrise pas.
-    Les langues nationales doivent être utilisées comme véhicule de communication par le fait qu’elles assurent la continuité du développement affectif et socio-culturel de l’enfant. Elles permettent de valoriser les langues maternelles et de sauvegarder l’identité culturelle.
-    L’intellectuel kinois ne doit pas jeter à l’arrière plan le Lingala. C’est la connaissance de cette langue et la maitrise de sa culture qui constituent son apport au rendez-vous de la mondialisation qui exige la connaissance de plusieurs langues.



0.3.    CADRE THEORIQUE

Notre travail s’inscrit dans le cadre de la communication pour le changement de comportement. Il consiste à sensibiliser l’intellectuel kinois sur le fait que l’enfant doit en premier lieu maitriser une des langues nationales et spécialement le Lingala qui fait l’objet de notre étude. Etant donné la forte capacité de rétention dont dispose l’enfant, apprendre concomitamment plusieurs langues (français, l’anglais, chinois, …) reste pour lui une obligation.

Autrement dit, les parents doivent changer leur attitude négative envers le Lingala et reconnaître que c’est la première langue pour l’enfant. Le français  (ainsi que l’anglais, le chinois, …) étant la langue étrangère et officielle doit être connu et maîtrisé afin de permettre à l’enfant de communiquer avec ceux qui ne parlent pas le lingala. C’est la raison pour laquelle le multilinguisme est vivement recommandé.
0.4. CHOIX ET INTERET DU SUJET
Etudiante en communications, nous sommes appelée à sensibiliser la population sur l’importance de la connaissance des vraies valeurs que véhicule notre culture à travers le Lingala. C’est pour cette raison que cette étude porte sur un triple intérêt:
•    Du point de vue scientifique, nous apportons notre pierre à la valorisation de nos langues nationales, véhicule de notre culture congolaise et de nos valeurs. Cette étude constitue notre contribution dans le domaine de la communication et reste une référence pour les générations futures.
•     Sur le plan social et pratique, cette étude sensibilise et persuade les intellectuels kinois en particulier et congolais en général sur la nécessité d’étudier et de maîtriser non seulement le lingala mais aussi des langues langue étrangères telles le français, l’anglais, le chinois, …
•    Sur le plan individuel, cette investigation nous permet de nous imprégner du rôle capital du Lingala dans la connaissance de notre culture et la maîtrise de nos valeurs. La langue est un véhicule communicationnel dont on ne peut se passer.
Ce sont ces raisons qui nous poussent à intituler notre travail: Le comportement de l’intellectuel kinois face aux langues nationales. Cas du Lingala.

0.5.    METHODES ET TECHNIQUES

Pour notre étude, nous  recourons à l’approche historique et à l’ethnométhodologie pour  nous rendre compte si l’intellectuel kinois est bien informé sur l’importance de la langue nationale qu’est le lingala. En plus l’amener à savoir que l’enfant doit apprendre le Lingala au même moment que les langues étrangères, spécialement de l’anglais à côté du français qui est notre langue officielle. L’anglais et le chinois sont devenus deux langues utilisées dans les Technologies de l’Information et de la Communication et aussi dans le domaine Technique et commercial.

Pour opérationnaliser notre recherche, nous faisons usage de la technique documentaire (lecture des ouvrages, revues, bulletins, brochures,  … ayant trait à notre étude) et à un questionnaire d’enquête dressé à l’intention des intellectuels kinois sur notre sujet d’étude.

0.6. DELIMITATION SPATIO-TEMPORELLE
Toute recherche scientifique s’inscrit dans l’espace et dans le temps. Ainsi, notre investigation se limite à l’analyse du comportement de l’intellectuel kinois face au Lingala. Cette recherche couvre la période allant de 2006 à 2012.

0.7.  DIVISION  DU TRAVAIL
Outre l'introduction et la conclusion, notre travail s'articule autour de trois chapitres. Le premier présente notre cadre théorique et analyse les différents concepts de base utiles pour la compréhension de notre sujet d'étude. Le deuxième porte sur l’état des lieux des langues nationales en République Démocratique du Congo. Le dernier chapitre évalue le comportement de l’intellectuel kinois face au Lingala.




CHAPITRE Ier : NOTIONS THEORIQUES DE BASE

Ce chapitre expose les éléments théoriques de notre recherche et explique les mots qui constituent notre sujet d’étude dont la compréhension reste nécessaire. Il s’agit entre autres de : Comportement, Intellectuel, Kinois et Langue.

I.1. LE COMPORTEMENT

Il n’est pas facile de définir le concept ‘’comportement’’. Chaque penseur le définit de sa manière.

Pour  Piéron H., le comportement est la « manière d'être et d'agir des Animaux et des Hommes, manifestations objectives de leur activité globale». 

Watson le définit comme « l'ensemble des réactions objectivement observables qu'un organisme généralement pourvu d'un système nerveux exécute en réponse aux stimulations du milieu, elles-mêmes objectivement observables.»

Abondant dans le même sens, Gallo précise que «le comportement est une réalité appréhendable sous la forme d'unités d'observation, les actes, dont la fréquence et les enchaînements sont susceptibles de se modifier ; il traduit en action l'image de la situation telle qu'elle est élaborée, avec ses outils propres, par l'être que l'on étudie : le comportement exprime une forme de représentation et de construction d'un monde particulier (Umwelt).» 
Le terme « comportement » désigne les actions d'un être vivant. Il a été introduit en psychologie française en 1908 par Henri Piéron comme équivalent français de l'anglais-américain behavior. L’étude du comportement est au cœur de la psychologie, ce qui fait dire à Wolfgang Köhler : le comportement, c'est-à-dire la réaction de systèmes vivants aux facteurs du milieu, est le seul domaine qui puisse être étudié par la psychologie scientifique. Il peut aussi être pris comme équivalent de conduite dans l'approche psychanalytique. Il est un ensemble de phénomènes observables de façon externe.
On observe que ces différentes définitions ne désignent pas tout à fait la même chose, vraisemblablement parce qu'elles ont été définies à partir d'une position externe par rapport à l'objet étudié, et que leurs auteurs proviennent de différents domaines scientifiques.

Soulignons cependant qu’il existe une très forte interaction entre le comportement et la pensée. S'il est évident que la pensée influence le comportement, l'on sait aujourd'hui que le comportement influence de façon certaine la pensée. Les techniques de manipulation les plus efficaces sont basées sur ce principe, baptisé congruence. L'homme a besoin, pour son équilibre, de justifier son propre comportement et de s'autopersuader que ses actes sont légitimes et cohérents. L'expérience conditionne donc la pensée.

Par ailleurs, la psychologie sociale étudie notamment les influences réciproques entre comportement individuel et comportement collectif. Dès lors il  apparaît que l'individu en groupe ou dans une société, formelle ou informelle, perd une plus ou moins grande partie de son autonomie de pensée. Il a alors tendance à se rallier à la pensée et au comportement du groupe ou de la masse, et ainsi à se comporter différemment de ce qu'il ferait s'il était isolé.
I.2. INTELLECTUEL
   
Un intellectuel est une personne dont l'activité repose sur l'exercice de l'esprit, qui s'engage dans la sphère publique pour faire part de ses analyses, de ses points de vue sur les sujets les plus variés ou pour défendre des valeurs, qui n'assume généralement pas de responsabilité directe dans les affaires pratiques, et qui dispose d'une forme d'autorité , estime Joseph Schumpeter.

Cette définition montre que l'intellectuel n'est pas nécessairement un philosophe ou un écrivain, et sa définition n'a rien de sociologique. Il s'agit de toute personne qui, du fait de sa position sociale, dispose d'une forme d'autorité et la met à profit pour persuader, proposer, débattre, permettre à l'esprit critique de s'émanciper des représentations sociales.
Pour  Pascal Ory et Jean-François Sirinelli, un intellectuel est  « un homme du culturel, créateur ou médiateur, mis en situation d’homme du politique, producteur ou consommateur d’idéologie».
Selon Jean-Paul Sartre l'intellectuel est « quelqu'un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas ». C'est celui à qui, selon la formule de Diderot empruntée à Térence, rien de ce qui est humain n'est étranger, qui prend conscience de sa responsabilité individuelle dans une situation donnée, et qui, refusant d'être complice, par son silence, des injustices ou des atrocités qui se perpètrent, en France même ou ailleurs dans le monde utilise sa notoriété pour se faire entendre sur des questions qui ne relèvent pas strictement de son domaine de compétence, mais où l'influence qu'il exerce et le prestige, national ou international, dont il bénéficie peuvent se révéler efficaces. L'intellectuel, pour Sartre, est forcément « engagé » pour la cause de la justice, et donc en rupture avec toutes les institutions jugées oppressives.
Le terme « intellectuel » est d'apparition récente. La connotation péjorative initiale (l'intellectuel comme penseur réfugié dans l'abstraction, perdant de vue la réalité et traitant de sujets qu'il ne connaît pas bien) a ensuite très largement disparu, au profit d'une image positive d'hommes, appartenant certes à des professions intellectuelles, mais avant tout soucieux de défendre des causes justes, fût-ce à leurs risques et périls. C’est dans ce sens que le mot « intellectuel » est alors utilisé plus précisément pour désigner quelqu'un qui s'engage dans la sphère publique pour défendre des valeurs.

 Au regard de ce qui précède, Raymond Aron,  pose la question du rôle du savant dans la cité, et concernant les grands débats du moment. Pour Aron, l'intellectuel est un « créateur d'idées » et doit être un « spectateur engagé ».

A cette conception s'oppose celle de Julien Benda qui, dans un essai intitulé La Trahison des clercs (1927), il déplorait le fait que les intellectuels, depuis la guerre, aient cessé de jouer leur rôle de gardiens des valeurs "cléricales" universelles (la Vérité, la Justice et la Raison), et les délaissent au profit du réalisme politique, avec tout ce que cette expression comporte de concessions, de compromis, voire de compromissions. La référence aux « clercs » souligne cette fonction quasi-religieuse qu'il assigne aux intellectuels. L'attitude du clerc est celle de la conscience critique (plutôt que de l'engagement stricto sensu).
Pour Albert Camus, l'intellectuel  ne peut se mettre au service de ceux qui font l’histoire : il est au service de ceux qui la subissent : « Notre seule justification, s’il en est une, est de parler, dans la mesure de nos moyens, pour ceux qui ne peuvent le faire. » Mais, ajoute-t-il, il ne faudrait pas pour autant « attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales… ».
S’agissant de la République Démocratique du Congo, la question suivante se pose à nous: «Quel est le rôle de l'intellectuel congolais?»  

En plus de ce que nous avons dit ci-haut, un intellectuel est une personne qui consacre une bonne partie de sa vie à se recycler  pour être en mesure de jouer un rôle prépondérant que lui octroie l'histoire : celle du guide éclaireur.  Un intellectuel est un lecteur passionné, un observateur méthodique, un analyste chevronné et un juge objectif.  Il use de sa célébrité, acquise dans le domaine des sciences, des arts ou de la culture, pour mobiliser l'opinion publique en faveur d'idées qu'il considère juste.  Il doit être considéré comme un interprète mobilisateur des idées pour le progrès de sa société. 

Mais, quelle est la place des intellectuels congolais dans le Congo d'aujourd'hui ?  L'opinion sent-elle leur présence ?  Doit-on décrier la carence ou la non-existence des intellectuels congolais ?  La paupérisation de la RDC, l'aventurisme politique qui caractérise la plupart de nos dirigeants et tout simplement l'ignorance et la paranoïa des politiques marginalisent les intellectuels congolais qui se trouvent dans l'impossibilité d'appliquer leur culture et savoir comme étendards du progrès devant avoir une valeur explosive sur tout le pays.  Personne ne les consulte, personne ne fait recours et référence à leur sens critique, personne ne les veut.  Ils dérangent.  Le langage dominant actuel n'est plus que le véhicule d'une manipulation démagogique et un instrument de domination, mis au service des puissants.

En somme, la non-participation et le déficit des intellectuels congolais au discours politique rationnel, à la réforme économique, aux actions de développement social et dans toutes les interventions humanitaires paralysent et aliènent davantage la République Démocratique du Congo sur la scène internationale.  Les intellectuels congolais sont forcés à la démission systématique et systémique.

Un autre rôle important à mon sens que devrait jouer les intellectuels est de participer  au changement des mentalités. Par exemple, trop de personnes sont encore persuadées que la sorcellerie est à tous les coins de rue, dans l'enfant ou dans la vieille femme. Est-ce uniquement le manque d'instruction de certains qui n'ont pas encore accès à l'éducation de base - alors même que d'autres fort instruits perpétuent les balivernes, ou est-ce une mentalité et des comportements qui doivent être changés pour éviter que quelques-uns n'utilisent cette menace pour manipuler les crédules ? D’autres pensent qu’est intellectuel celui qui s’exprime couramment en langue étrangère au détriment des langues nationales de son pays allant même jusqu’à interdire ses enfants de parler le Lingala, le Swahili, le Tshiluba ou le Kikongo à la maison. Doit-on encore chercher à se comporter à la manière de  l’ « évolué » de 1957-1960 ?
0.3. KINOIS
Le mot est du genre masculin. Son équivalent féminin est kinoise. Il signifie soit originaire de Kinshasa (capitale de la République Démocratique du Congo), soit habitant de Kinshasa.
Dans le cadre de cette étude, par ‘’kinois’’ il faut entendre habitant de Kinshasa.
0.4. LANGUES
Selon le Grand Dictionnaire Encyclopédie Larousse, la langue est un système des signes vocaux et éventuellement graphiques propres à une communauté d’individus qui l’utilisent pour s’exprimer et communiquer entre eux.
Le dictionnaire Wikipédia  nous renseigne qu’une langue est un système de signes linguistiques, vocaux, graphiques ou gestuels, qui permet la communication entre les individus. En d’autres termes, la langue est un système de signes doublement articulés, c'est-à-dire que la construction du sens se fait à deux niveaux d'articulation. On trouve tout d'abord celui des entités signifiantes (morphèmes et lexèmes, ou monèmes) formant les énoncés puis celui des unités distinctives de sens (phonèmes) formant les unités signifiantes.
Dans une perspective sociolinguistique (étude des langues dans leur rapport aux sociétés), le terme « langue » définit tout idiome remplissant deux fonctions sociales fondamentales : la « communication » (c'est au moyen de la langue que les acteurs sociaux échangent et mettent en commun leurs idées, sentiments, pensées, etc.) et l'« identification » (de par son double aspect individuel et collectif, la langue sert de marqueur identitaire quant aux caractéristiques de l'individu et de ses appartenances sociales). Par conséquent, les « langues » sont des objets vivants, soumis à multiples phénomènes de variations et les frontières entre les langues sont considérées non hermétiques car elles relèvent d'abord des pratiques sociales.
Depuis Ferdinand de Saussure, une certaine distinction s’établit entre la langue et la parole. Cette dernière est comprise comme l'utilisation effective du système de la langue par les locuteurs.
Par ailleurs, on distingue généralement la langue (système de signes) et le langage (faculté humaine mise en œuvre au moyen d'un tel système). La langue doublement articulée n'est qu'un langage parmi d'autres, que rien ne doit privilégier : la faculté de langage est aussi mise en œuvre par d'autres systèmes de signes, comme le geste, le dessin, le vêtement, etc…, souligne Henriette Walter. 




CHAP. IIème. ETAT DES LIEUX DES LANGUES NATIONALES
                        EN RDC


 Ce chapitre traite essentiellement du statut du français par rapport aux langues nationales en République Démocratique du Congo. Il s’agit de montrer comment la langue française a supplanté les langues nationales dans la communication entre les autochtones et les étrangers.

Trois points constituent ce chapitre. Le premier donne l’historique du français en République Démocratique du Congo. Notre deuxième point  se focalise sur la politique de l’administration coloniale face à l’enseignement du français. Le troisième traite de la cohabitation des langues nationales et étrangères.

II.1. L’HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE EN RDC

L'histoire de la langue française en République Démocratique du Congo reste difficile à comprendre. Colonisé par  la Belgique, un pays troublé lui-même depuis le XIXème  siècle par des querelles linguistiques entre les Flamands et les francophones, le Congo a hérité de la position de suprématie de la bourgeoisie wallonne, alors au pouvoir.
La langue française s'est imposée au sein des écoles et des institutions, le flamand étant relégué au rang de seconde langue étrangère.

Il sied de souligner que c'est pendant l'époque coloniale que la promotion des langues nationales a été déterminante, avec, pour la première fois en Afrique noire, la traduction de la Bible (en kikongo), la publication d'ouvrages et de journaux en quatre langues nationales dans les différentes capitales provinciales concernées, l'ouverture de bibliothèques publiques, l'instauration des feuilletons dramatiques radiophoniques, etc.

Néanmoins, pendant la période coloniale, le français - cette langue du maître ou de l'instituteur - est resté pour « l'évolué » un symbole de prestige. Il a été à cette époque considéré comme la condition nécessaire et essentielle à toute promotion sociale : un travail rémunérateur, un changement de grade ou de statut, la considération. C'est aussi le français qui servait d'indicateur pour définir le niveau d'intégration ou d'assimilation.

Autrement dit, le français est la langue officielle de la République Démocratique du Congo depuis l'époque coloniale, quand le pays était sous le régime belge. Elle a été maintenue comme langue officielle depuis l'époque de l'indépendance, parce qu'elle est largement parlée par les groupes scolarisés du pays, elle est ethniquement neutre et facilite la communication entre les différents groupes ethniques et tribaux du pays ainsi que le reste des pays membres de la francophonie. C’est dans ce cadre qu’il a organisé le quatorzième sommet en octobre 2012. Le pays fait aussi partie de l'Assemblée parlementaire de la francophonie

Cependant, les changements de régime politique ont amené sur la scène des leaders anglophones. Lorsque le pays a accédé à l'indépendance en 1960, avec toutes les mutations que cela a entraînées, le français, bien qu'ayant gardé son statut de langue officielle, n'était plus un symbole de prestige, de « classe » et de pouvoir.

Les promotions sociales, à cause de la dégradation de l'école et de l'inversion des valeurs, étaient davantage fonction du positionnement politico-tribal et du poids économique. Cela a découragé beaucoup de jeunes vis-à-vis de l'école et de la pratique de la langue française.

En outre, les tracasseries rencontrées dans l'obtention de visas pour la Belgique ou la France les ont poussés à émigrer vers des destinations plus accessibles, dont l'Afrique du Sud et les pays d'Asie, où l'anglais est prédominant.  Il suffit d'observer le nombre croissant d'écoles de langue anglaise dans la plupart des capitales provinciales de la RDC pour se rendre compte de cet engouement migratoire.

Néanmoins, lors de l'adoption de la Constitution du 18 février 2006, le statut du français n'a connu aucune modification. De toute évidence, il reste le véhicule de la culture et de la science : la majorité des artistes, des inventeurs et des acteurs politiques réfléchit et pense à la fois en français et en langue nationale.

Dans les secteurs de la presse, de l'administration, de l'enseignement et de la recherche scientifique, l'usage du français domine.

II.2. L’ADMINISTRATION COLONIALE ET L’ENSEIGNEMENT

L'éducation est et a toujours été un enjeu majeur dans la vie des sociétés humaines. En cela, elle est, selon Durkheim, « l'action exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont pas encore mûres pour la vie sociale. Elle a pour objet de susciter et de développer chez l'enfant un certain nombre d'états physiques, intellectuels et moraux que réclament de lui et de sa société politique dans son ensemble et le milieu spécial auquel il est particulièrement destiné ». 

Par l'éducation, l'homme approfondit ses connaissances sur son environnement et transforme le savoir ainsi acquis en aptitudes professionnelles, donc en capacité de maitrise sur ses propres conditions matérielles d'existence. Par elle, l'homme est capable de retracer son passé, de revitaliser son présent et d'orienter son futur.  C'est à ce titre que depuis 1948, avec la déclaration universelle des droits de l'Homme, il y est mentionné que toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental. L'enseignement élémentaire est obligatoire. L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé, l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.

L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect du droit de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. C’est dans cette optique que les parents, ont par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants. » (Article 26).

Cette dernière sentence semble être peu prise en considération dans les pays africains qui, par leurs politiques gouvernementales et socioprofessionnelles, incitent les populations à se conformer, parfois contre leur gré au système éducatif formel au moyen de la langue de l'ancienne métropole au détriment des langues nationales. Aujourd’hui plus qu’hier, on parle beaucoup plus de violations des droits de l'homme. 

Il nous semble qu'une des violations les plus fondamentales de ces droits est d'imposer à ceux qui veulent s'instruire l'utilisation d'une autre langue que la leur (...). L'enseignement dans la langue maternelle/locale doit - ou devrait - constituer un droit fondamental. Ce qui laisse voir un forçage de système aux populations qui devraient orienter leur choix selon les modalités et les capacités linguistiques appropriées à leur contexte sociohistorique. C'est dire qu'il existe un décalage entre le système éducatif congolais et son contexte sociohistorique dans la mesure où l'expertise congolaise est incapable de se dévoiler au moyen des langues empruntées ou qui nous ont été imposées. C'est à ce titre que beaucoup de chercheurs africains, depuis les indépendances, ont émis les vœux de repenser le statut des langues africaines, leur considération et leurs impacts sur le comportement des populations.

La question des langues nationales congolaises et de leur enseignement, voire de leur officialisation sont une problématique qui implique le continent dans son ensemble. Depuis la colonisation jusqu'à nos jours les pays africains sont marqués par une hybridité linguistique concernant d'une part les langues des colons (britannique, portugais, français..) et d'autre part les langues endogènes ou locales. Ainsi, depuis les indépendances, beaucoup de chercheurs et de penseurs africains ont le réel sentiment de procéder à une sensibilisation pour le recours à nos langues sans lesquelles il n'y aura point de repères vers le progrès. Mais cette situation tant souhaitée ne cesse de rester un vœu pieux.

A la fin de la colonisation, la plupart des pays africains ont compris que le recours aux langues autochtones africaines peut constituer un enjeu majeur pour le comportement éducatif, socioculturel et économique de l'ensemble des pays de l'Afrique. Pour ce faire, il requiert donc pour certains d'incorporer en fond les langues locales dans le système éducatif formel, pour d'autres il nécessite d'adopter un système éducatif basé sur les langues nationales.
Cependant,  l’enseignement dispensé aux indigènes de la colonie au Congo belge était synonyme de la mission civilisatrice par la christianisation. « La primauté devait être donnée à l’éducation plutôt qu’à l’instruction ; les programmes et les méthodes devaient se préoccuper d’être adaptés au milieu ‘indigène’. Par le fait même, l’enseignement devait se faire dans les langues locales. A l’époque, suivant l’opinion coloniale, la connaissance du français devait être évitée autant que possible, car elle était source d’orgueil et de prétention, disait-on». 
Alors que le monde était en train de changer, le régime colonial belge au Congo-Léopoldville en était encore, « pour rationaliser l’exploitation» à « former des agents indigènes, organiser des embryons d’administration et privilégier le colonisateur en l’auréolant de valeurs morales et culturelles prestigieuses». 
II.3. LA COHABITATION DES LANGUES NATIONALES


Malgré la multiplicité des langues et dialectes, le passé colonial a laissé le français comme langue de l'administration et de communication officielle. Les quatre langues nationales cohabitent avec le français.

Comme les précédentes, la Constitution du 18 février 2006 confère au français, le statut de langue officielle ; de fait il est la langue de l'école, la langue de l'administration et la langue de travail. Cela lui donne tout le prestige dont il jouit dans les relations officielles aussi bien au pays qu'ailleurs en Afrique. Les langues nationales sont réservées à des activités limitées (comme le commerce dans une région déterminée); elles s'étendent aussi, selon le cas, à des secteurs beaucoup plus vastes de la vie sociale et culturelle dans une zone géographique étendue.

Le français demeure le principal vecteur de communication officielle; mais cette situation n'est pas particulière au Congo-Kinshasa: «en Afrique noire francophone, il est langue officielle ou une des langues officielles dans la plupart des pays, et reste la principale langue véhiculaire à l'échelle continentale, mais dans la réalité concrète des Etats il partage ce  rôle avec beaucoup d'autres langues africaines qui remplissent de plus en plus les fonctions de langues d'échanges (véhiculaires) dans la vie pratique ». .

Cependant, depuis quelques décennies, l'acquisition préscolaire du français en famille devient une donne importante dans les milieux urbains et principalement à Kinshasa, surtout dans les foyers à revenus intermédiaires ou supérieurs mieux chez les parents intellectuels.
Il y devient même la langue maternelle. Le prétexte étant pour certains des parents que le français favorise la maîtrise des connaissances.

Les congolais, comme la plupart des Africains d'ailleurs, avant d'aller à l'école, acquièrent et parlent les langues parlées par leurs parents, leurs langues maternelles ou l’une des langues maternelles. Ces langues représentent souvent pour eux des langues de communication de base et leur servent d'identité pour les échanges.

Le premier réflexe de chaque enfant dans un environnement donné est de communiquer avec la langue nationale employée dans son entourage. A la maison donc, dans le quartier, avec les amis, dans les petits échanges commerciaux immédiats l'enfant se sert d'abord de la langue parlée dans le milieu pour accéder à ce qu'il souhaite avoir.

Cette situation fait qu'à un niveau plus évolué, les échanges se font plus dans les langues nationales qu'en français : dans les échanges commerciaux, au marché, au sein de la population, dans les lieux de rencontre etc. aussi bien en ville que dans les campagnes.

Il faut cependant mentionner qu'il se développe de plus en plus une catégorie d'enfants qui ne parlent que le français et comprennent à peine leurs langues nationales parce que leurs parents ne se servent que du français pour communiquer avec eux.

Les médias pour leur part se servent presque tous du français hormis quelques émissions spéciales dans la presse audiovisuelle. Signalons la présence de radios et télévisions privées qui s'évertuent pour gagner l'auditoire à insérer dans leurs programmes beaucoup d'émissions en langues nationales.
Dans l'administration et au sein des institutions étatiques, le français est plus écrit que parlé, surtout lorsque les locuteurs se reconnaissent parler la même langue nationale.

C’est fort de cette situation que des débats de plus en plus houleux entre théoriciens et praticiens de la langue autour d'un ‘’partenariat’’ entre le français et les langues nationales ne cessent  de prendre de l’ampleur. Pour la plupart des théoriciens, on reviendrait ainsi, comme à l'époque coloniale, à une formule qui imposait les langues nationales au cours des trois premières années du cycle primaire ; le français serait adopté pour les autres promotions du cycle secondaire jusqu'à l'université.

Les praticiens jugent ce débat d'arrière-garde, puisque artistes, journalistes et écrivains, … les leaders locaux optent de plus en plus pour les langues nationales. Ils estiment que l'inventivité des congolais est telle que le français a été apprivoisé par les langues nationales (et inversement) au point de produire une sorte de « créolisation » riche, féconde et populaire.

L'avenir du français, de l’anglais et autres langues étrangères en République Démocratique du Congo doit être envisagé à travers la mise en place de différents mécanismes. En premier lieu la réhabilitation du système éducatif national, avec l'accent porté sur l'enseignement des langues nationales, du français et d'autres langues étrangères, mais aussi sur la formation des experts du système scolaire, et enfin sur l'élaboration des politiques nationales du livre scolaire.

Après les choix politiques, l'étape suivante pour la valorisation des langues nationales et les cultures est celle qui consiste à prendre les mesures techniques et administratives convenables. C’est un préalable nécessaire à toute action d'envergure tendant à valoriser les langues nationales. En effet, le statut de langue officielle, langue de travail et langue de l'administration, accordé au français au détriment des langues nationales reste et demeure le tout premier handicap. Surtout parce que dans le même temps aucun statut clair et privilégié n'est accordé à aucune des quatre langues nationales pouvant lui permettre de s'imposer. Ainsi, quelles que soient les actions entreprises, l'absence de `contrainte lié au statut, donc à la place et au rôle des langues nationales reste un handicap pour leur promotion.

En d’autres termes, la Constitution du 18 février laisse simplement la liberté aux communautés composant la nation congolaise d'utiliser leurs langues parlées et écrites et de développer leur propre culture tout en respectant celle des autres. La seule recommandation explicite c'est que l'Etat devra promouvoir le développement des langues nationales d'intercommunication.

Contrairement à ce qu'on peut être tenté de croire, le français, comme l'anglais ou le portugais ailleurs, ne sont pas imposés aux africains par les colons. Ces langues sont des héritages appropriés et entretenus par les dirigeants africains eux-mêmes. C’est dans cette optique que Calvez affirme que «la francophonie, pour sa partie africaine, apparaît [plus] comme la gestion africaine de l'héritage colonial plutôt que comme l'imposition par l'ancienne puissance coloniale de sa langue... ».  La période des indépendances loin de gêner la pénétration du français en Afrique l'a, paradoxalement, renforcée.

L'histoire a carrément fait du français, non seulement la langue officielle de notre pays mais la langue inter ethnique. En effet, il se comporte comme tel car reste et demeure l'unique moyen de communication utilisé par des hommes et des femmes de régions ethniques différentes lorsque, aucune langue véhiculaire ne les unit. D'aucuns soutiennent que de par sa fonction dans la société, le français est unificateur; en réalité il n'est réservé qu'à la minorité de la population, et pour ce faire, il crée une sorte de ségrégation sociale: une classe de privilégiés (jadis les évolués) d'une part et une autre de défavorisés de l'autre.

Au regard de ce qui précède, la responsabilité des hommes politiques congolais dans la situation actuelle est donc très grande. Il faudra sincèrement sortir des grands discours, des déclarations d'intention sur la défense, la promotion et l'utilisation des langues nationales et des cultures africaines. « Ici comme ailleurs la ‘magie du verbe' est de peu d'utilité, les grands discours ne servent qu'à masquer la volonté de ne rien changer, et il ne saurait y avoir de relations saines et harmonieuses entre le français et les langues africaines sans que chacune des parties prenantes ne se donne les moyens d'une approche scientifique du problème. Alors (...) on pourra loin de toute démagogie poser sainement et sereinement les problèmes ».



CHAP. IIIème. EVALUATION DU COMPORTEMENT DE    L’INTELLECTUEL KINOIS FACE AU LINGALA

Ce chapitre évalue  le comportement de l’intellectuel Kinois face au Lingala, langue parlée à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo. Après un rapide rappel méthodologique, il décrit l’échantillon, la localité et le questionnaire qui a été à la base de ces résultats. Il présente ensuite les résultats d’enquête avant de les interpréter pour enfin se terminer par quelques suggestions pour une meilleure réappropriation du lingala face aux langues étrangères telles le français, l’anglais, le portugais, le chinois, … Attaquons alors le premier point.

III.1. RAPPEL METHODOLOGIQUE


A titre de rappel, le cadre méthodologique auquel nous avons fait recours est l’approche historique et l’ethnométhodologie. Cette méthode consiste à étudier des faits de chaque jour, des faits qui semblent apparemment banals, qu’accomplit la cible et en l’occurrence ici, les intellectuels Kinois dans l’utilisation du Lingala.  En plus l’amener à savoir que l’enfant doit apprendre le Lingala au même moment que les langues étrangères, spécialement de l’anglais à côté du français qui est notre langue officielle. L’anglais et le chinois sont devenus deux langues utilisées dans les Technologies de l’Information et de la Communication et aussi dans le domaine Technique et commercial.

Pour opérationnaliser notre recherche, nous avons fait usage de la technique documentaire et d’un questionnaire d’enquête dressé à l’intention des intellectuels kinois sur notre sujet d’étude.



III.2. L’ORGANISATION DE L’ENQUETE
              
Ce point traite de l’objet de l’enquête, de sa périodicité, du site, de l’échantillon, de la démarche méthodologique ainsi que du questionnaire d’enquête.

III.2.1. De l’objet d’enquête

Notre étude porte sur l’évaluation du comportement de l’intellectuel Kinois face à la langue nationale. Nous voulons connaître l’importance que l’élite kinoise accorde au lingala, langue parlée dans la ville Province Kinshasa.

III.2.2. Sites et période de l’enquête

Notre enquête a été menée auprès des ménages vivant dans le quartier Bon marché de la commune de Barumbu et le quartier Ngwaka de la commune de Kinshasa. Ces sites ont été choisis  pour deux raisons : la proximité géographique à notre domicile et un nombre suffisant d’intellectuels qui y vivent.

L’enquête s’est déroulée du 25 au 31 mars 2013. Une période de pré enquête avait précédé. Elle nous a permis d'avoir un premier contact avec notre terrain d'enquête en ayant des entretiens avec quelques éducateurs, enseignants et parents, …

III.2.3. L’échantillonnage
L'échantillonnage est la technique qui consiste à choisir un groupe d'individus appelé échantillon dans une population mère. Ce dernier ne constitue pas la population totale du milieu d'étude mais la population sur laquelle doit porter l'étude.
C'est dans ce sens que R. Ghiglione et B. Matalon affirment que : « Il est très rare qu'on puisse étudier exhaustivement une population, c'est-à-dire en interroger tous les membres. Ce serait si long et si coûteux que c'est pratiquement impossible. D'ailleurs c'est inutile : interroger un nombre restreint de personnes, à condition qu'elles aient été correctement choisies, peut apporter autant d'informations, à une certaine erreur près, erreur calculable et qu'on peut rendre suffisamment faible. Le problème est de choisir un groupe d'individus, un échantillon, tel que les observations qu'on fera sur lui, pourront être généralisées à l'ensemble de la population ; il faut donc que l'échantillon présente les mêmes caractéristiques que la population, qu'il soit représentatif. »
C'est ainsi que, du fait d'un certain nombre de contraintes liées aux ressources humaines et matérielles, nous avons adopté un plan de sondage afin de prélever un échantillon de 50 ménages qui ont été soumis à notre questionnaire d’enquête. Nous avons visé l’aspect qualitatif.
III.2.4. Administration du questionnaire
Notre questionnaire comprend différents types et différentes formes de questions. Il est  exclusivement adressé aux intellectuels kinois responsables des familles et comporte deux (2) parties essentielles : la première est relative à l'identification des enquêtés tandis que la seconde  est relative à l'attitude et aux comportements des parents (intellectuels) face à la langue nationale, en l’occurrence le lingala.
En effet, après un examen minutieux de toutes les questions contenues dans notre protocole, nous constatons que  le questionnaire est conçu sous forme d’entonnoir, c’est-à-dire que les premières questions indiquent réellement le thème général du questionnaire.
Les investigations de terrain ont constitué l'un des aspects pratiques de notre recherche. Elles se sont déroulées dans les conditions d'organisation similaire à tout cas de recherche (insuffisance de ressources matérielles et financières, refus des enquêtés). Nous avions effectué toute notre enquête dans les quartiers Bon marché et Ngwaka, munis de nos questionnaires qui sont adressés aux ménages. Nous avons personnellement effectué l'administration du guide d'entretien aux différents acteurs concernés par cette étude.
III.2.5.  Le dépouillement
Nous avons effectué, le dépouillement de nos outils d'enquête grâce au logiciel informatique Excel qui est l'un des plus adaptés au traitement des données. Il permet aussi de croiser facilement les variables d'intérêt pour l'étude.
Voici à  présent les résultats de nos enquêtes sur terrain.

III.3. PRESENTATIONS DES RESULTATS
Ce point traite de l'identification des enquêtés selon les différentes variables et de leur connaissance de l’importance de la langue nationale, le lingala.
II.3.1. IDENTITE

1.    Identification des enquêtés selon leur sexe.
    Tableau 1 : Répartition des enquêtés par sexe

Sexe    Effectif    %
Masculin    21    42
Féminin    29    58
Total    50    100
             Ce tableau montre que la composante féminine représente 58% de l'effectif total des personnes enquêtées contre 42% pour les hommes.
2.    Identification des enquêtés selon leur âge.
Tableau 2 : Répartition des enquêtés selon les tranches d'âge

Tranche d’âge    Effectif    %
18-25    7    14
26-30    11    22
31-40    19    38
41 – plus    13    26
TOTAL    50    100

           Les résultats de ce tableau indiquent que 14% des personnes interrogées ont l'âge compris entre 18 et 25 ans, 22% de ces personnes se situent entre 26 et 30 ans. Dix-neuf (19) personnes soit 38% ont l'âge compris entre 31 et 40 ans et Treize (13) personnes soit 26% font partie de la tranche d'âge 41 ans et plus.
De ces résultats il ressort que les personnes enquêtées sont toutes au moins des adultes et responsables de par leur âge.
3. Répartition des enquêtés selon le niveau d'instruction.
Tableau 3 : Répartition des enquêtés par niveau d'instruction
Niveau d’études    Effectif    %
Primaire    00    00
Secondaire    7    14
Supérieur/Universitaire    43    86
TOTAL    50    100

Les données de ce tableau indiquent que 14% des personnes interrogées ont un niveau d'instruction secondaire, 86% ont un niveau supérieur ou universitaire. L'analyse que nous pouvons faire de ces résultats est que toutes les personnes interrogées soit 100% ont un niveau suffisant d'instruction.
III.3.2. QUESTIONS THEMATIQUES

1.    Avez-vous des enfants de plus de 3 ans sous votre responsabilité?

Variables    Effectif    %
NON    6    12
OUI    44    88
TOTAL    50    100

             88% des personnes interviewées ont des enfants de plus de trois (3) ans sous leur responsabilité.

2. Combien d’entre eux fréquentent l’école
Variable    Effectif    %
0    2    4
1    18    36
2    14    28
3    6    12
4    4    8
5    4    8
6    0    0
7    2    4
TOTAL    50    100

               Selon ce tableau, deux interviewés n’ont  pas d’enfants qui étudient. Dix-huit en ont chacun un (1). Quatorze parents font étudier chacun deux enfants alors que six en ont chacun trois enfant. Quatre parents soit 8% des enquêtés disposent de quatre et cinq élèves chacun. Enfin, deux parents, soit  4%  ont chacun sept (7) enfants qui fréquentent l’école.

3. Pourquoi aviez-vous opté pour ces écoles là ?
Variable    Effectif    %
Bonne formation    42    84
Proximité du domicile    23    46
Enseignement dispensé en français et anglais    11    22
Discipline     7    14
Frais scolaires abordables    4    8
Autres    2    4
TOTAL    89    178
              
D’après notre enquête, la bonne formation est motivation principale des parents dans le choix des écoles de leurs enfants (84%). La seconde raison est la proximité de la maison d’habitation (46%). La qualité d’enseignement du français et/ou de l’anglais est à la base du choix de 22% de nos enquêtés contre 8% dont la raison est d’ordre financière.

4. Quelle langue parlez-vous à la maison ?

Variable    Effectif    %
Français    27    54
Lingala    4    8
Français et lingala    9    18
Français, Lingala et Swahili    5    10
Français, kikongo et swahili    3    6
Anglais, français, swahili et lingala    2    4
TOTAL    50    100

               A lire ce tableau, il s’avère qu’un nombre assez important, soit 54% de ménages parlent uniquement le français. Seuls 18% se parlent en français et en lingala.


5. Le français est la langue officielle à coté des quatre langues
    nationales. Les connaissez-vous toutes?
Variable    Effectif    %
OUI    50    100
NON    0    00
TOTAL    50    100

               De ce tableau, il ressort que tous les enquêtés ont connaissance des quatre langues nationales.

6. Communiquez-vous avec vos enfants en lingala ?
Variable    Effectif    %
OUI    23    46
NON    27    54
TOTAL       


              


Comme on peut bien se rendre compte, 54% de nos interviewés ne parlent  par lingala à leurs enfants contre 46% qui en parlent aisément et de fois avec d’autres langues.

7. Selon vous, est-il important de connaître le lingala ?
Variable    Effectif    %
OUI    50    100
NON    0    00
TOTAL    50    100

               Comme l’illustre bien ce tableau, 100% de nos enquêtés estiment qu’il est important de connaître le lingala.


8. Si Oui, quels en sont les avantages ?

Variable    Effectif    %
C’est notre langue nationale    23    46
C’est notre identité culturelle    6    12
C’est la langue parlée à Kinshasa    17    34
Autres    4    8
TOTAL    50    100

               En plus d’être une langue nationale (46%), le lingala est la langue parlée dans la capitale Kinshasa (34%) avant d’incarner notre identité culturelle (12%).

9. Beaucoup de parents préfèrent apprendre à leurs enfants le français,
     l’anglais, le chinois, le portugais, … partagez-vous leur avis?

Variable    Effectif    %
OUI    50    100
NON    00    00
TOTAL    50    100

               100%  de nos enquêtés préfèrent apprendre à leurs enfants le français, l’anglais, le chinois, …

10. Pourquoi ?
Variable    Effectif    %
C’est la langue de l’enseignement en RDC    12    24
Nous sommes à l’ère du multilinguisme    37    74
C’est une aliénation    1    2
TOTAL    50    100

               Ce tableau montre que  74% d’intellectuels kinois apprennent les langues étrangères à leurs enfants parce que nous sommes à l’ère du multilinguisme (ou de la mondialisation). 24% avancent la raison que c’est la langue de l’enseignement dans notre pays.

11. Le monde est à l’ère du multilinguisme. Quel pourra être l’apport de
      l’intellectuel kinois qui privilégie la langue officielle au détriment du
      lingala ?

Variable    Effectif    %
Rien parce qu’il a perdu son identité culturelle    50    100
Autres    00    00
TOTAL    50    100

               Comme le montre bien ce tableau, tous les enquêtés soulignent que l’intellectuel kinois qui privilégie la langue officielle (le français) au détriment du lingala perd son identité culturelle et par conséquent, n’a rien à donner au rendez-vous du multilinguisme ou de la mondialisation.

12. Que proposez-vous à l’intellectuel kinois afin de promouvoir le lingala
       au même moment et titre que le français, l’anglais, … ?

Variable    Effectif    %
Aimer le lingala parce qu’il incarne le génie culturel congolais    26    52
Accorder la même importance à toutes les langues    19    38
Insérer le lingala dans le programme national d’enseignement    41    82
Publier les ouvrages en lingala    7    14
TOTAL    93    186
              Le tableau n° 12 révèle que 82%  de nos enquêtés souhaitent l’insertion de lingala dans l’enseignement national parce qu’il incarne le génie culturel congolais (52%). Raison pour laquelle 38% proposent qu’on accorde la même importance à toutes les langues.

III.4.  INTERPRETATION DES RESULTATS

                A quels résultats sommes-nous parvenu après nos enquêtes  de terrain sur le comportement de l’intellectuel kinois face au lingala ?
Nous retiendrons ce qui suit :

1. La composante féminine représente  58% de l'effectif total des personnes
     enquêtées contre 42 chez les hommes. Cette représentation féminine s'explique par le fait que lors de notre enquête, nous avons trouvé plus de femmes que d'hommes dans les ménages. Les hommes sont partis à la recherche de la nourriture quotidienne ou exercent des activités commerciales ou bien ils se trouvent au bureau pour le cas des fonctionnaires, etc.

La tranche d’âge de la plupart des personnes interviewées varie entre 31 et 40 ans, soit  38%. Treize (13) personnes soit 26% font partie de la tranche d'âge 41 ans et plus. Suivies de 22% dont la tranche d’âge se situe entre 26 et 30 ans.

14% des personnes interrogées ont un niveau d'instruction secondaire, 86% ont un niveau supérieur ou universitaire. L'analyse que nous pouvons faire de ces résultats est que toutes les personnes interrogées soit 100% ont un niveau suffisant d'instruction.

1.    Avez-vous des enfants de plus de 3 ans sous votre responsabilité?
La majorité des personnes  interviewées (88%)  ont des enfants de plus de trois (3) ans sous leur responsabilité. Ces derniers poussent souvent  leurs parents à adopter tel ou tel autre comportement selon le projet d’avenir qu’ils présagent pour  leurs enfants.

3. Combien d’entre eux fréquentent l’école

Deux parents, soit  4%  ont chacun sept (7) enfants qui fréquentent l’école. Quatre parents soit 8% des enquêtés disposent de quatre et cinq élèves chacun. Quatorze  font étudier chacun deux enfants alors que six en ont chacun trois enfant. Dix-huit en ont chacun un (1). Deux interviewés n’ont  pas d’enfants qui étudient.
Ce qui montre l’importance que les parents accordent à la scolarisation de leurs enfants malgré la dure conjoncture économique que traversent le pays et les ménages en particulier.

4. Pourquoi aviez-vous opté pour ces écoles là ?
          
D’après notre enquête, la bonne formation est la motivation principale des parents dans le choix des écoles de leurs enfants (84%). La seconde raison est la proximité de la maison d’habitation (46%). La qualité d’enseignement du français et/ou de l’anglais est aussi à la base du choix de 22% de nos enquêtés contre 8% dont la raison est d’ordre financière.

5. Quelle langue parlez-vous à la maison ?

Un nombre assez important, soit 54% de ménages parlent uniquement le français. Pour eux, les enfants devront apprendre et parler le lingala dans la rue ou quand ils sont avec leurs amis. 18% se parlent en français et en lingala. 10% parlent concomitamment le lingala, le swahili et le français. Seul 8% des ménages interrogés parlent lingala.


6. Le français est la langue officielle à coté des quatre langues
    nationales. Les connaissez-vous toutes?

Toutes les personnes interviewées ont connaissance des quatre langues nationales.
7. Communiquez-vous avec vos enfants en lingala ?

Comme on peut bien se rendre compte, 46% de nos interviewés parlent avec leurs enfants en lingala. La raison en est que le lingala, bien que n’étant qu’une langue nationale de moindre audience, véhicule des valeurs culturelles qui nous sont  spécifiques. Toutefois la connaissance du français s’impose parce que c’est notre langue officielle, langue de l’administration et de l’enseignement. C’est aussi une langue internationale.

8. Selon vous, est-il important de connaître le lingala ? Quels sont les avantages ?

Bien que certains interviewés privilégient le français, tous (100%)  attestent cependant qu’il est important de connaître le lingala. Les raisons en sont toutefois différentes : pour 46% des enquêtés, le lingala est notre langue nationale. 34% affirme que nous devons connaître le lingala parce que c’est la langue parlée dans la capitale Kinshasa. C’est notre identité culturelle affirment 12% de nous enquêtés.

9. Beaucoup de parents préfèrent apprendre à leurs enfants le
    français, l’anglais, le chinois, le portugais, … partagez-vous leur
    avis? Pourquoi ?

Il ressort de notre enquête que 100%  des personnes interrogées préfèrent apprendre à leurs enfants le français, l’anglais, le chinois, … Ce sont des langues internationales les plus parlées au monde et les connaître n’est qu’un atout majeur tant dans le domaine scientifique, politique, diplomatique, technique que commercial. Raison pour laquelle 74% d’intellectuels kinois apprennent les langues étrangères à leurs enfants parce que nous sommes à l’ère du multilinguisme (ou de la mondialisation). 24%  disent que c’est la langue de l’enseignement et de l’administration dans notre pays.

10. Le monde est à l’ère du multilinguisme. Quel pourra être l’apport
      de l’intellectuel kinois qui privilégie la langue officielle au
      détriment du lingala ?
Tous les enquêtés sont unanimes que l’intellectuel kinois qui privilégie la langue officielle (le français) au détriment du lingala perd son identité culturelle et par conséquent, n’a rien à donner au rendez-vous du multilinguisme ou de la mondialisation.

11. Que proposez-vous à l’intellectuel kinois afin de promouvoir le
       lingala au même moment et titre que le français, l’anglais, … ?

La majorité de nos interviewés proposent l’insertion de lingala dans le programme d’enseignement national (82%)  parce qu’il incarne le génie culturel congolais (52%). Raison pour laquelle 38% proposent qu’on accorde la même importance à toutes les langues et ainsi, que l’intellectuel kinois publie ses ouvrages en lingala (14).

Un tel constat amère de la quasi méfiance du lingala par rapport aux langues étrangères ne peut laisser indifférent un être sensé. Il doit le pousser à proposer quelque chose afin qu’une telle situation ne perdure pas surtout que le monde est à l’ère de la mondialisation et/ou du multilinguisme. Voilà en fait  l’objet du point qui suit.

III.5.  QUELQUES SUGGESTIONS

La domination du terrain linguistique par le français est le fruit d'un long processus opéré par l'administration coloniale. Depuis cette période jusqu'à nos jours, l'imaginaire collectif congolais considère en somme que nos langues sont loin d'être vecteur de promotion intellectuelle et sociale. Nos langues sont, tout au moins, représentées par la société comme des langues qui constituent un facteur de régression socio-intellectuelle. Nous proposons ce qui suit :
1. Que les cours soient dispensés concomitamment en lingala et en français, anglais, … à l’école primaire et dans certaines branches de l’enseignement secondaire, comme il le fut vers les années 1970-1980.
2. La création et revalorisation des écoles de langues avec des matériels
    didactiques modernes et riches.
3. Que l’Etat congolais forme des spécialistes en langues nationales et
    mette à leur disposition des moyens de survie et de travail conséquents.





CONCLUSION


Notre étude a porté sur le comportement de l’intellectuel Kinois face aux langues nationales, cas du Lingala car, en effet, la domination du terrain linguistique par le français est le fruit d'un long processus opéré par l'administration coloniale. Depuis cette période jusqu'à nos jours, l'imaginaire collectif congolais considère en somme que nos langues sont loin d'être vecteur de promotion intellectuelle et sociale. Nos langues sont, tout au moins, représentées par la société comme des langues qui constituent un facteur de régression socio-intellectuelle.

Nos hypothèses de départ sont que :
-    l’intellectuel kinois se comporte à l’image de l’« évolué » d’avant  l’indépendance et tend à abandonner sa culture au profit de la culture étrangère qu’il ne maitrise pas.
-    les langues nationales doivent être utilisées comme véhicule de communication par le fait qu’elles assurent la continuité du développement affectif et socio-culturel de l’enfant. Elles permettent de valoriser les langues maternelles et de sauvegarder l’identité culturelle.
-    l’intellectuel kinois ne doit pas jeter à l’arrière plan le Lingala. C’est la connaissance de cette langue et la maitrise de sa culture qui constituent son apport au rendez-vous de la mondialisation qui exige la connaissance de plusieurs langues. 

Ce travail s’inscrit dans le cadre de la communication pour le changement de comportement parce que les parents doivent changer leur attitude négative envers le Lingala et reconnaître que c’est la première langue pour l’enfant kinois. Le français  (ainsi que l’anglais, le chinois, …) étant la langue étrangère et officielle doit être connu et maîtrisé afin de permettre à l’enfant de communiquer avec ceux qui ne parlent pas le lingala. C’est la raison pour laquelle le multilinguisme est vivement recommandé.
Trois chapitres constituent cette étude. Le premier présente notre cadre théorique et analyse les différents concepts de base utiles pour la compréhension de notre sujet d'étude. Il s’agit de Comportement, Intellectuel, Kinois et Langue.
Le deuxième chapitre planche sur l’état des lieux des langues nationales en République Démocratique du Congo et montre comment la langue française a supplanté les langues nationales dans la communication entre les autochtones et les étrangers.
Nous y relevons que la promotion des langues nationales a été déterminante pendant l'époque coloniale, avec pour la première fois en Afrique noire, la traduction de la Bible (en kikongo), la publication d'ouvrages et de journaux en quatre langues nationales dans les différentes capitales provinciales concernées, l'ouverture de bibliothèques publiques, l'instauration des feuilletons dramatiques radiophoniques.
Après l’indépendance, le français a été maintenu comme langue officielle parce qu'elle est largement parlée par les groupes scolarisés du pays,  est ethniquement neutre et facilite la communication entre les différents groupes ethniques et tribaux du pays ainsi que le reste des pays membres de la francophonie. Il reste le véhicule de la culture et de la science: la majorité des artistes, des inventeurs et des acteurs politiques réfléchit et pense à la fois en français et en langue nationale.
Cependant, depuis la colonisation jusqu'à nos jours le pays est marqué par une hybridité linguistique concernant d'une part les langues des colons (français, britanniques, portugais, ...) et d'autre part les langues endogènes ou locales. Raison pour laquelle beaucoup de chercheurs et de penseurs congolais ont le réel sentiment de procéder à une sensibilisation pour le recours à nos langues sans lesquelles il n'y aura point de repères vers le progrès. Mais la volonté politique semble ne pas y mettre de cœur.

Bien plus, depuis quelques décennies, l'acquisition préscolaire du français et parfois de l’anglais en famille devient une donne importante à Kinshasa, surtout dans les foyers à revenus intermédiaires ou supérieurs mieux chez les parents intellectuels. Il y devient même la langue maternelle. Le prétexte étant pour certains des parents que le français favorise la maîtrise des connaissances.

Notre dernier chapitre évalue le comportement de l’intellectuel kinois face au Lingala. Pour y parvenir, nous avons fait recours à l’approche historique et ethnométhodologique. Notre questionnaire d’enquête a été administré à un échantillon de 50 ménages pris au hasard aux quartiers Bon marché (Barumbu) et Ngwaka (Kinshasa) durant la semaine du 23 au 31 mars 2013.

Après dépouillement, nous sommes arrivés au résultat selon lequel la majorité de notre population cible ont des enfants en âge de scolarité sous leur responsabilité (88%). Le choix de l’école à fréquenter est motivé soit par la bonne formation (84%), soit par la proximité de la maison d’habitation (46%), soit encore la qualité d’enseignement du français et/ou de l’anglais y dispensée (22%).

Cependant, s’agissant de la langue parlée en famille, 54% de nos enquêtés ne parlent qu’en français. Le lingala ne pourra être appris qu’à l’école ou dans la rue auprès des amis. Seuls 18% parlent à la fois en français et lingala.

Toutefois, tous les interviewés (100%) attestent qu’il est important de connaître le lingala. Les raisons en sont différentes: le lingala est notre langue nationale (46%), c’est la langue parlée dans la capitale Kinshasa (34%). C’est notre identité culturelle affirment 12% de nous enquêtés. Bien plus, ils préfèrent tous apprendre à leurs enfants le français, l’anglais, le chinois, … parce que ce sont des langues internationales les plus parlées au monde et les connaître n’est qu’un atout majeur tant dans le domaine scientifique, politique, diplomatique, technique que commercial surtout à cet ère du multilinguisme. Paradoxalement, la conséquence qui en découle est que le kinois qui néglige le lingala n’aura rien à amener au rendez-vous du multilinguisme parce qu’il aura perdu son identité culturelle.

Notre hypothèse se trouve ainsi confirmée. Cependant, étant donné la richesse que renferme ce sujet, nous restons convaincus que le dernier mot n’a pas été dit. Il appartient à d’autres cherchers de nous completer 

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carte des langues nationales

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